Histoire

Une origine enfouie sous terre

Il faut remonter loin dans le temps pour retrouver les premières traces de présence humaine sur le territoire plourinois. Les découvertes archéologiques récentes attestent d'une occupation entre 6 000 et 4 500 ans avant notre ère.

Nous sommes au mésolithique, une période marquée par un radoucissement climatique. Les steppes du paléolithique se couvrent de chênes, de bouleaux, de noisetiers...

Le menhir du Foennec, le dolmen détruit de Kerverret, la présence de silex taillés, de flèches tranchantes, témoignent d'un début de sédentarisation au néolithique entre 4 500 et 2 000 ans avant notre ère. C'est l'âge de la pierre polie. Les premiers "Plourinois" se mettent à cultiver orge ou blé et à domestiquer quelques animaux.

Plus près de nous, entre 2 000 et 800 ans avant J-C, les traces de peuplement deviennent plus évidentes. C'est l'âge du bronze, celui aussi des tumulus armoricains, premiers monuments funéraires connus. Ceux de La Vigne et de Kerveleyen datent de cette époque.

Dernier maillon de la chaîne (pré)historique, la période dite de "l'indépendance gauloise" démarre vers - 800 et ne s'achèvera qu'avec l'occupation romaine. C'est l'âge du fer. Et à Plourin celui des souterrains, Roc'h Lédan et Kerveguen notamment. Leur usage n'est pas clairement établi, ils n'avaient pas de fonctions funéraires et font penser plutôt à des caves ou celliers, annexes des maisons d'habitation. Lorsque l'on parle du "menhir" de Plourin, il s'agit bien sûr de la pierre levée, installée aujourd'hui au centre du bourg. C'est une stèle de l'âge du fer, quadrangulaire à angles épannelés, datant de l'époque de la Tène, c'est-à-dire entre 500 et 100 av. J.-C. Elle proviendrait du sud de la commune et présente à son sommet un élément métallique laissant supposer qu'elle a servi de support à une structure ajoutée.

L'époque romaine

Avant d'être bretonne, l'Armorique a été romaine. La défaite de Vercingétorix, en 52 av. J-C, a scellé son sort. Elle est rattachée à la province lyonnaise, dont la capitale est Lugdunum (Lyon). Cette période, qui couvre les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, voit un développement des cités bretonnes et la construction du premier réseau routier breton.

Plourin se retrouve à un carrefour stratégique du "pagi" (pays) de Morlaix où vont se retrouver concentrées, les fonctions administratives et militaires. Les Romains bâtissent un camp fortifié à la pointe nord de Plourin, à l'embouchure du Queffleuth. C'est le passage obligé entre deux régions qui deviendront le Trégor et le Léon, le seul point praticable sur la route de Condate (Rennes) à la pointe Saint-Mathieu, "l'axe nord" de l'époque reliant tous les points défensifs de la côte.

Jusque-là dominait un réseau en étoile partant de Vorgium (Carhaix), capitale du pays de nos ancêtres les Osismes (qui couvrait en gros le Finistère et l'ouest des Côtes-d'Armor), vers les autres centres commerciaux et artisanaux de l'époque. La création d'une "rocade militaire" nord impose la construction de voies nouvelles reliant Carhaix à cet arc défensif. L'axe Carhaix-Morlaix en fait partie. Il se détache à Berrien de l'axe Carhaix-Kerilien (*) et traverse les monts d'Arrée en grandes lignes droites.

Cette voie traverse Plourin. Elle arrive du Cloître par Quelern. On la retrouve à Coat Miniou, Bellevue et Moulin Plomb. Elle passe ensuite à l'Ouest du bourg au niveau de Bel Air et rejoint Morlaix par le Tronc et le Pillion. Place Traoulen, après la descente, elle entre dans Morlaix (Mons Relaxus) et rejoint le camp fortifié romain par la rue des Bouchers.

Cette voie romaine a sans doute remplacé une voie encore plus ancienne, dont le tracé est encore visible sur quelques kilomètres entre Guilly-Querch au sud et Kerivoas au nord. Elle passe par le pont Camarat, encore appelé aujourd'hui pont de Luzuria ou pont gaulois, un des plus vieux ponts de la région, formé de larges dalles de schiste à peine équarries.

(*) Kerilien était une des principales cités romaines de l'Armorique. Détruite au III' siècle, elle ne s'est jamais relevée de ses ruines. C'est aujourd'hui un hameau de Plounéventer.    

Des seigneurs et du lin

Dès le Xe siècle, le système féodal s'impose un peu partout. Les paysans se placent sous la protection d'un seigneur. Selon sa richesse et son rang, celui-ci a des vassaux et est lui-même vassal d'un autre seigneur... Des liens d'allégeance en cascade organisent la vie civile et militaire. Tout Plourin est dominé par le fief de Bodister, propriété et résidence de la famille des Dinan, une des principales seigneuries de l'évêché de Tréguier.

Les vestiges du château (Castel-ar-Sal) sont situés à un kilomètre de la voie antique Carhaix-Morlaix. Des amas de pierre signalent peut-être l'emplacement d'un donjon. Le rempart, réduit à moins de deux mètres, sert de talus.

Par ordre d'importance, après Bodister, vient Coatanscour, puis toute une série de maisons nobles dont la puissance était marquée dans le paysage. Les pigeonniers, par exemple, indiquaient l'étendue de la propriété. À chaque trou dans le pigeonnier correspondait un hectare de terres.

Les nombreux manoirs de la commune sont les vestiges de ce système de propriété. Ils ont été construits après le Moyen Âge. Les plus anciens datent du XVIe, de cette période que l'on appelle "L'âge d'or de la Bretagne".

Les maisons de "nobles" voisinent avec des propriétés de roturiers ayant réussi en affaires. Et ils sont nombreux. Car la région morlaisienne est opulente. Ses commerçants et négociants importent, exportent, spéculent, sans souci des guerres de succession qui déchirent la Bretagne. Le lin est leur "fonds de commerce". Du port de Morlaix partent les toiles produites dans le Bas-Léon et au-delà.

Plourin profite de cette activité. L'industrie linière précède puis cohabite avec une autre industrie " para-agricole", celle des moulins à papier. Avec l'agriculture, elles feront la richesse de Plourin jusqu'à l'entrée dans le XXe siècle.

La vallée des papetiers

Là où il y avait des toiles de lin, il y avait nécessairement des chiffons pour les papeteries. C'était le cas à Plourin, ce qui explique la longue cohabitation entre le lin et le papier. Cette dernière activité a démarré dès le XVe siècle mais c'est au XVIIe qu'elle s'est "industrialisée" avec l'arrivée d'ouvriers normands.

La qualité des eaux du Queffleuth, limpide et peu calcaire, est appréciée des papetiers. La proximité du chemin de La Feuillée, par lequel les "pilhaouers" (chiffonniers) des montagnes viennent apporter leur récolte de chiffons de lin ou de chanvre garantit leur approvisionnement.

Au début du XVIIIe siècle, une trentaine de moulins à papier, fonctionnent dans un secteur de 50 km2 au sud de Morlaix. Ils emploient 200 à 250 personnes, auxquelles il faut ajouter marchands, chiffonniers, transporteurs et familles nobles qui tirent profit du droit des moulins.

À Plourin, les plus actifs sont les moulins de Penlan, de Pen-ar-Vern (L'Hermitage), du Drezec et de Pont-Pol. La plupart travaillent pour François-Marie Andrieux, fondateur du moulin de Glaslan en Peyber-Christ.

L'arrivée des machines à vapeur sonnera le glas des petites papeteries "à cuve". Vers le milieu du XIXe, certaines cessent toute activité, d'autres se convertissent en "moulin à pierre". C'est le cas du moulin de Pont-Pol qui broiera de la pierre pendant quelques années avant d'être reconverti en 1846 en usine de teillage, en liaison avec la Société linière du Finistère, établie à Landerneau. La Bretagne produit à l'époque plus de lin que tout le reste de la France.

À la fin du siècle, la forte concurrence des toiles anglaises et belges et de celles du Nord, la suppression de la voile dans la marine et une diminution des commandes de l'armée de terre, précipitent le déclin. La Société linière ferme ses portes en 1892, mettant au chômage plusieurs dizaines d'ouvriers et d'ouvrières dans la région de Pont-Pol. L'activité du teillage de Pont-Pol redémarrera quelques années plus tard, employant une trentaine de personnes. Elle résistera à deux incendies, en 1934 et 1948, jusqu'à sa fermeture définitive en 1953.

Ainsi naît une commune

C'est en 1955 que la commune de Plourin devient Plourin-lès-Morlaix. Par un décret en date du 29 octobre, qui met un terme à plus de trente années de démarches administratives, elle se démarque officiellement de son homonyme nord-finistérienne, Plourin-Ploudalmézeau.

33 ans auparavant, le 25 juillet 1932, un conseil municipal, présidé par le maire Auguste Jourand du Tremen, avait déjà décidé de donner à la commune son nom actuel. Mais Paris avait sans doute d'autres préoccupations et n'avait pas donné suite.

La question redevient d'actualité en mai 1951. Dans une lettre au maire de Plourin-Morlaix, le préfet du Finistère lui demande "de bien vouloir inviter votre conseil municipal à délibérer sur la proposition de l'Institut National de la Statistique et des Etudes Économiques de rendre officiel le nom de Plourin-Morlaix, habituellement donné à votre commune".

Dans sa réponse, Pierre Grall, maire, rappelle que la commune a choisi depuis 1932 le nom de Plourin-lès-Morlaix. Il sera définitivement entendu quatre années plus tard.

Le "plou" de "Rin"? Plourin fait partie de ces paroisses nées pendant la bretonnisation de l'Armorique, entre le Ve et le Xe siècles. Les Bretons de la Cornouailles et du pays de Galles, "si évidemment nombreux, écrira l'historien byzantin Procope de Césarée, que chaque année ils émigrent largement de l'île avec femmes et enfants pour aller résider sur la terre des Francs", fondent en quelques siècles le socle paroissial breton.

Les premiers colons viennent du sud de l'Angleterre, du Devon. Ils donnent à leur patrie d'adoption le nom de Domnonée en souvenir de leur pays perdu. Les origines de la paroisse de Plurin, au cœur de cette Domnonée, dateraient, comme celles des "plous" voisins, de la vague migratoire, de 514 à 525. Son nom est formé de "plu", dérivé de "plou" qui désigne le territoire d'une communauté de fidèles, la paroisse, et d'un second terme, "rin". Bien qu'il existe en vieux-breton un mot "rin" désignant un "lieu retiré, secret", et un autre terme "rinn" ayant le sens de "pointe", les historiens penchent plutôt pour un nom de saint qui pourrait être dérivé de Rinan ou Rinnan.

Au fil des siècles, Plurin deviendra Ploherin (1185) puis Ploerin (1321). Rattachée à l'évêché de Tréguier, elle sera Plourin-Tréguier, puis Plourin, Plourin-Morlaix et enfin Plourin-lès-Morlaix.