Patrimoine, histoire & mémoire

Le patrimoine, qu'il soit religieux ou civil, est la marque de l'Histoire. Celui de Plourin, riche de 7000 ans d'occupation humaine, fonde son identité rurale. Varié, souvent caché, gardant parfois ses secrets, il est notre mémoire collective. En voici un rapide survol.

Le patrimoine religieux

Il est constitué de l'église et de son enclos, des chapelles, des croix et calvaires disséminés dans la campagne et de quelques fontaines. 

L'église Notre-Dame date de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe. Elle a succédé à une église gothique, originellement sous le patronage de saint Pierre, dont il reste le chevet, des fenêtres et des enfeus. Le clocher, de plan carré, a été édifié en 1728. D'un style classique, très sobre, il est flanqué d'une tour attenante abritant un escalier à vis. À l'intérieur, dix chapelles latérales servaient aux dévotions des riches familles de la paroisse. Les Coatanscour étaient de celles-là : un des piliers porte leur écusson.

Les fonts baptismaux sont datés du début du XVIe. Les visages sculptés sur la cuve illustrent les diverses conditions sociales et les différents âges de la vie. La chaire, du XVIIe est également remarquable. 

Bien des chapelles de Plourin ont disparu, en particulier celles associées aux manoirs, Coatanscour, la Boissière, Tregunvez, Kerveg...

Parmi celles encore debout, la chapelle ossuaire, construite dans l'enclos paroissial, simple monument rectangulaire, date du XVIIIe. Elle est consacrée à saint Mathurin, dont on dit qu'il guérissait maux de tête, faiblesse d'esprit et folie. Restaurée, elle abrite sous ses arcades six statues en kersantite polychrome de Roland Doré, provenant de l'ancien calvaire de l'enclos, sans doute détruit pendant la Révolution.

Citons aussi celles de Sainte-Philomène, au carrefour de la rue d'Argoad et de la route de la Croix de pierre; et dans le domaine privé celle de Penlan, proche du manoir, consacrée à saint Bernard; et celle du Cun, petit édifice présentant deux portes en plein cintre. 

Des croix et calvaires sont disséminés à travers la campagne. Leur signification varie : jalonnements d'itinéraires, frontières paroissiales, croix votives liées aux épidémies, croix de mission, croix de mariage... Parmi les plus remarquables, citons: la croix du Guilly; la croix de Stanennic, datée du Moyen Âge; la croix de l'allée de Coatelan, près de la mairie, au carrefour de la rue de Pen ar Roz et de l'allée de Coatelan, en granit de Kersanton; la croix de Kerasody, la croix de Lestrezec, le calvaire-autel du Sycomore... 

La fontaine Saint-Fiacre. Du monastère de Saint-Fiacre, fondé en 1660 par Vincent le Borgne, seigneur de Lesquifiou, pour les moines de la congrégation des Minimes, transformé en hôpital militaire par ordonnance royale en 1781, ne subsistent aujourd'hui qu'une partie du mur d'enceinte et la fontaine. Celle-ci est composée d'un bassin et de la fontaine proprement dite. À l'intérieur, une niche abritait la statue de saint Fiacre, patron des jardiniers, installée aujourd'hui dans l'église. 

L'époque Doré (XVIIe siècle). Reconnue tardivement pour son apport dans la statuaire bretonne, l'œuvre de Roland Doré est très présente dans l'enclos paroissial. On lui doit la "sainte Anne, la Vierge et l'enfant", et la statue de saint Yves de l'église Notre-Dame, ainsi que les statues qui ornent les piliers du mur de l'enclos, dont une piéta et "la fuite en Egypte" de Joseph, Marie et de l'enfant Jésus. Ces statues sont sans doute des pièces de l'ancien calvaire. 

Le patrimoine civil

De l'époque féodale, Plourin a hérité de tout un ensemble de demeures, mais peu ont résisté aux outrages du temps et... des hommes.

Aux siècles suivants, l'agriculture et le lin ont amené la construction d'un habitat rural de qualité, au premier rang desquels se trouvent les manoirs. Maisons "nobles", ils sont les témoins de la richesse seigneuriale passée. 

Coatanscour est une pièce maîtresse du patrimoine architectural plourinois. L'ensemble, manoir, moulin et hameau, construit entre le XIVe et le XVIe par la famille du même nom, relevait de la seigneurie de Bodister. Un droit de justice s'y attachait, comme l'atteste le nom donné à la parcelle où s'exerçait ce privilège, "Goarem ar Justiçou". On y voit encore le soubassement en pierre des fourches patibulaires... Accolée au manoir, une tourelle abrite un escalier en pierre. Deux ouvertures donnaient sur la chapelle attenante, détruite aux alentours de 1800. 

Le manoir de Penlan est difficile à dater. Il est le résultat d'agrandissements successifs, du XVIe — il était alors le fief de la famille de Kergariou — au XIXe. Construit au cœur d'un massif boisé d'arbres feuillus, on y accède depuis une chapelle dédiée à saint Bernard. 

Le manoir de Kerguz semble avoir été la propriété de familles nobles de longue date. Parmi ses premiers propriétaires, on connaît Mlle Le Mainguy (1535) et Pierre de Kermerchou, maire de Morlaix (1568). C'est sans doute cette famille qui construira le manoir actuel comme l'attestent leurs armoiries (une croix tréflée chargée de cinq étoiles) visibles sur le fronton de l'entrée principale. Le manoir comporte des caractéristiques propres à l'architecture rurale de la commune: une toiture faite de longs pans fortement inclinés ainsi que, dans la cuisine, une auge encastrée dans la maçonnerie, surmontée d'une pierre.    La liste des manoirs disparus est plus longue que celle des manoirs encore existants. De ceux de Coatelan, du Golodic, du Rhun, de Kerastang, de Kervellec, de La Boissière, il ne reste plus rien. Ailleurs, à Kervec, à Pen ar Vern ou à Tregunvez, quelques éléments subsistent, portes, cheminées, fenêtres... 

Parmi les ensembles ruraux anciens remarquables de Plourin, il faut aussi retenir les maisons dites "manales", par opposition aux maisons "nobles". Kersaluden, Kerbizien, Lanven en sont les plus représentatives.

Les fermes à cour fermée, les maisons à cuz-taol (cache-table) maisons ayant une avancée abritant la table, éclairée par une fenêtre et les granges-ateliers, liées à l'activité du lin, sont trois autres éléments caractéristiques de l'architecture rurale de la commune.